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Du samedi 14 au lundi 16 juillet

Samedi 14 juillet (Brugg – Solothurn)

Au petit-déjeuner je continue à discuter avec Bob. Je lui demande s’il ira se balader ailleurs pendant son séjour: « pas très loin » qu’il me répond « c’est tout un peu pareil ». Je comprends un peu ce qu’il veut dire. Déjà, je suis moins portée à m’arrêter longuement dans les villes ou villages que je croise. Ce sont souvent toujours de beaux endroits parce que le long d’un fleuve, d’une rivière, une place centrale, un château là, une forteresse là ,des rues étroites, alors un endroit en vaut parfois un autre et comme je ne suis pas très « musée »… Il faut dire qu’à vélo tu restes longtemps dans la même région ou dans le même genre de région  donc les changements de style, de nature sont plus longs à venir . Ce n’est pas comme en voiture ou en moto. C’est bien aussi de s’installer quelques jours au même endroit comme j’ai fait au lac de Constance. Je crois que je commence à sentir l’appel de la maison…C’est peut-être ça…

Aujourd’hui, je traverse de belles campagnes. Je vois beaucoup de sentiers de marche bien balisés. Si les Suisses sont reconnus comme étant des skieurs, ce sont aussi des marcheurs. Il y en a beaucoup aujourd’hui, certains avec des bâtons de « marche nordique ». C’est vrai… nous sommes samedi, c’est pour ça que j’en vois tant. J’ai complètement perdu la notion des jours. Depuis que je suis en Suisse, j’ai vu à plusieurs endroits des places de repos avec des bancs et toujours un espace pour faire un feu: pour les marcheurs surtout, car je ne vois pas beaucoup de cyclistes dans la région que je traverse. Je longe par endroits le fleuve  Aare, tout propre, toujours avec cette teinte un peu turquoise des fleuves d’ici. Les gens s’y baignent.

Zut!! mon odomètre a perdu le kilométrage !! Ça fait 3-4 fois qu’il me fait ça!! Ne comprends pas. Je roule depuis une demi-journée, je regarde le cadran: 5.4km. Il s’est remis à zéro tout seul, mais ce n’est pas si grave, je sais quand même à peu près combien j’ai fait. En parlant d’odomètre, j’ai du m’en acheter un nouveau pendant mon voyage…par ma faute. J’ai bousillé le premier. Ma batterie étant morte, je l’ai remplacée. Il faut après remettre les paramètres qui ont été perdus: heure, diamètre de la roue, etc. Je suis allée sur internet, j’ai lu comment on faisait: « peser sur le petit bouton à l’arrière à l’aide d’un minitournevis ». Je n’ai pas de minitournevis, j’utilise donc  la pointe de mon Opinel: pas une bonne idée… trop pointue, trop coupante, le bouton reste coinçé au fond…impossible de le faire remonter…pas une bonne idée. C’est comme la tente sous les pommiers.

J’arrive à Solothurn fin d’après-midi. Je m’y attarde un peu. Des gens sur les terrasses au bord  de l’eau, beaucoup de jeunes. C’est vrai…nous sommes samedi. Un cycliste rencontré aujourd’hui m’a dit qu’il y avait un beau camping à cet endroit. Je m’y dirige. C’est simple le camping, pas besoin de réserver toujours une place. Ma tente est tellement mini.

15 juillet (Solothurn – Avenches)

Bizarre de journée: il pleut, puis le soleil apparaît, puis encore de la pluie et encore du soleil. Le vent souffle fort.

Je suis contente d’arriver à Avenches. Ancienne ville romaine ayant encore son amphithéâtre: impressionnant pour une si petite ville. Hier soir on y présentait un opéra et ainsi tout au cours de l’été. L’endroit est aussi reconnu pour l’équitation. Des chevaux de grandes races y sont élevés. Je trouve l’auberge de jeunesse, à la réception je me fais servir en français par une dame très gentille, encore plus gentille quand elle s’aperçoit que je suis du Québec. Je ne sais trop, mais c’est comme ça presque à chaque fois. Depuis que je suis partie, les seuls québécois que j’ai rencontrés étaient Christiane et Marcel à Dobbiaco. Il y a rarement des Canadiens. Je réalise que ça fait longtemps que je n’ai pas dit que j’étais québécoise. Je dis Canadienne ou « french canadian ».  Ils ont un bel accent aussi ces Suisses français.

À l’auberge, un groupe de jeunes suisses allemands, ils y sont pour la semaine. Ils auront des cours de français. Au souper, je suis assise avec leur professeur, une française qui vit depuis 20 ans à Zurich, Sandrine. Elle me parle des gens de ces trois régions de la Suisse, très différents, autant par leur langue que par leur culture: les Romans (français), les Tessinois (italien) et les Alémaniques (allemand).

Lundi 16 juillet (Avenches – Blonay, Lac Léman)

Ce matin, je suis passée faire un tour dans la classe de français de Sandrine. J’ai dit un petit mot aux enfants sur mon voyage et sur le fait qu’au Canada on y parlait aussi le français. Avant de partir, je discute avec la dame qui s’occupe de l’auberge de jeunesse avec son mari. Je crois que c’est quelque chose que j’aurais aimé. Ils travaillent fort 6 mois par année puis ont congé les 6 autres mois.

Je ne rencontre plus de cyclotouristes sur ces circuits de vélo de la Suisse. Hier, dimanche, des gens à vélo sur les pistes le long des lacs, mais que des promeneurs du dimanche. Il faut dire que la Suisse est tellement chère que les gens des autres pays européens ne la choisissent pas beaucoup comme destination vacance.

Aujourd’hui, je quitterai le circuit de vélo plus important où je roule pour aller en rejoindre un autre qui m’amènera plus directement à Blonay vers où je me dirige. C’est un parcours plus côteux. À un moment donné, je monte, je monte, c’est difficile: « que je suis donc nulle!! ». Est-ce que parce que ça fait si longtemps que je roule sur le plat que j’ai perdu tous mes muscles pour la montée ?? Finalement pas tout à fait…sur le plat, je change si peu souvent de plateau à l’avant que j’en ai perdu l’habitude. Je n’avais pas réalisé que depuis ma dernière descente j’étais encore sur le gros plateau.

J’arrive à Châtel St-Denis. Je sais que je n’ai qu’une dizaine de kilomètres à faire. Je décide de laisser le laisser le circuit de vélo et d’emprunter la route principale. C’est souvent plus long par les circuits de vélo parce qu’ils nous font passer par de routes plus tranquilles, plus jolies, mais moins directes. Mais là j’ai hâte d’arriver. Ça va, pas trop de voitures.

J’arrive à Blonay…ouf…cette dernière montée jusque chez André. Heureusement en arrivant par Châtel-St-Denis je n’arrive pas complètement en bas de la montée vers chez lui. J’ai connu André lors de notre échange de maison en 2009. Il m’a averti qu’il ne serait pas là à mon arrivée, mais qu’il me laisserait les clefs du petit studio attenant à sa maison. Il arrivera dans quelques jours. J’aurai le temps de me reposer, de faire ma lessive, d’écrire un peu…Merci André!! Il y a de la bière dans le petit frigo. J’ose m’en servir une. Il fait chaud…elle est bonne. La vue est toujours aussi magnifique. Tout en bas Vevey et le lac Léman et de l’autre côté les montagnes. Qu’on ne voit pas, vers la droite il y a Lausanne et vers la gauche, Montreux.

18h30!! Je viens de me rappeler que les commerces ferment à 19h. Je regarde le village 2 km plus bas. Si je veux manger,  je dois descendre là tout en bas. Je pourrais aussi manger mes fruits séchés et les noix qu’il me reste…Finalement, je prends mon courage à deux mains et je reprends mon vélo allégé de ses bagages.  Quelques achats à l’épicerie et j’entreprends la remontée. Je suis un peu perdue avec toutes ces petites rues. Je remets mon GPS. Il me dirige par la rue « Des Toilettes ». Elle doit bien avoir 40% de pente!! j’exagère, disons par bout 18-20%, mais fatiguée et à cette heure elle me parait bien pentue. Ah bravo Garmin!! cette rue aboutie à un escalier. Une autre affiche, j’avais mal lu, c’est la rue « Des Tollettes ». Je dirais que son premier nom lui allait mieux parce cette rue, avec cette pente, elle fait…non je ne le dirai pas, je vais juste le penser.